potasser

La courbe de l'oubli : ce qu'elle dit vraiment

On oublie vite ce qu'on vient d'apprendre, puis de plus en plus lentement. Ebbinghaus l'a mesuré en 1885. Voici ce que montre vraiment sa courbe, et comment réviser en conséquence.

Mis à jour le 2 octobre 2026

L'expérience d'Ebbinghaus

Hermann Ebbinghaus, psychologue allemand, publie en 1885 Über das Gedächtnis (« De la mémoire »). Il est à la fois l'expérimentateur et le seul sujet de ses expériences.

Pour mesurer la mémoire sans que le sens des mots ne l'aide, il apprend des listes de syllabes sans signification (du type « DAX », « BOK », « YAT ») jusqu'à pouvoir les réciter sans faute. Puis il attend un certain délai et réapprend la même liste. Il mesure le temps gagné au réapprentissage par rapport à la première fois : c'est ce qu'il appelle l'économie.

Ce que montre la courbe

Voici l'économie mesurée par Ebbinghaus selon le délai écoulé, en valeurs arrondies :

Délai après l'apprentissageÉconomie au réapprentissage
20 minutes58 %
1 heure44 %
9 heures36 %
1 jour34 %
2 jours28 %
6 jours25 %
31 jours21 %

La forme compte plus que les chiffres : la perte est brutale dans les premières heures, puis elle ralentit fortement. Ce qui a tenu une semaine tient encore assez bien un mois plus tard.

En 2015, Jaap Murre et Joeri Dros ont refait l'expérience à l'identique (PLOS ONE) et ont obtenu une courbe très proche de celle de 1885.

Les idées reçues

  • « On oublie 70 % d'un cours en 24 heures. » Ce n'est pas ce que dit la courbe. Les chiffres d'Ebbinghaus mesurent du temps gagné à réapprendre, pas une part de souvenirs perdus, et ils portent sur des syllabes sans aucun sens.
  • « La courbe est la même pour tout le monde et pour tout. » Un cours que tu as compris, relié à ce que tu sais déjà, s'oublie beaucoup moins vite qu'une liste de syllabes. La vitesse d'oubli dépend du contenu et de la façon dont tu l'as appris.
  • « Il suffit de relire au bon moment. » Le moment compte, mais la manière aussi : se tester fixe mieux que relire.

Comment contrer la courbe de l'oubli

Trois leviers, bien établis par la recherche en psychologie de l'apprentissage. Une synthèse de John Dunlosky et ses collègues (2013), qui a passé en revue dix techniques de révision, classe les deux premiers parmi les plus utiles, et la relecture et le surlignage parmi les moins utiles.

  1. 1Espacer les révisions. Chaque révision fait repartir la courbe d'un niveau plus haut, et la pente suivante est plus douce. Revoir un cours le lendemain, puis quelques jours plus tard, puis une semaine plus tard, est bien plus efficace que de le revoir trois fois le même soir. C'est la répétition espacée, dont la méthode des J est une version simple.
  2. 2Se tester au lieu de relire. Henry Roediger et Jeffrey Karpicke (2006) ont comparé des étudiants qui relisaient un texte à d'autres qui s'interrogeaient dessus. Juste après, les deux groupes se valaient ; une semaine plus tard, ceux qui s'étaient testés retenaient nettement mieux. QCM, flashcards, feuille blanche : tout ce qui oblige à aller chercher la réponse compte.
  3. 3Comprendre avant de mémoriser. Ce que tu peux expliquer s'oublie moins. La méthode Feynman sert à ça.

En pratique, avec un cours

  • Le jour même : un premier test rapide, 10 à 20 questions, pour fixer avant la grosse chute des premières heures.
  • Le lendemain : refais tes erreurs.
  • À J+3 et J+7 : de nouvelles questions sur le même cours, pour ne pas apprendre les réponses par cœur.
  • Avant l'examen : un QCM en difficulté examen, chronométré.

Avec Potasser, chaque étape prend quelques minutes : dépose ton cours, génère un QCM, et demande « encore 20 questions » les jours suivants sans renvoyer le fichier.

Questions fréquentes

Qui a inventé la courbe de l'oubli ?+

Hermann Ebbinghaus, psychologue allemand, dans son livre Über das Gedächtnis publié en 1885.

Combien de temps faut-il pour oublier un cours ?+

Ça dépend du cours et de la façon dont tu l'as appris. La règle générale tirée d'Ebbinghaus est que l'oubli est rapide dans les premières heures et les premiers jours, puis ralentit. Réviser tôt et plusieurs fois change complètement la courbe.

Quelle est la différence entre courbe de l'oubli et répétition espacée ?+

La courbe de l'oubli décrit le problème : on oublie vite, puis lentement. La répétition espacée est la réponse : revoir l'information à des intervalles de plus en plus longs, juste avant de l'oublier.

La courbe de l'oubli a-t-elle été confirmée ?+

Oui. Murre et Dros ont reproduit l'expérience en 2015 et retrouvé une courbe très proche de l'originale.